Notre-Dame, d’une restauration l’autre
Notre-Dame, d’une restauration l’autre
Olivier Poisson, ancien Inspecteur général des Monuments historiques (France)

特別寄稿紹介
本稿は、長年にわたりフランス文化省の監察官(Inspecteur général)として文化遺産保護に尽力されてきたオリビエ・ポワソン(Olivier Poisson)氏による特別寄稿です。2019年4月に発生した火災を受け、ノートルダム大聖堂の修復工事が進められた経緯と、その歴史的意義を踏まえた内容になっております。ポワソン氏からご寄稿いただいたフランス語原文をそのまま掲載いたしますので、必要に応じて自動翻訳などをご利用ください。
なお、本稿に掲載の写真は、全て著者の撮影によるものです。
La restauration de Notre-Dame de Paris qui vient de s’achever, conséquence de l’incendie dramatique du 15 avril 2019 a été, en raison de l’importance des dommages subis, mais aussi de l’élan de générosité venu du monde entier qui a apporté à la restauration un financement inespéré, une restauration fondamentale, au cours de laquelle la plupart des aspects structurels et artistiques de la cathédrale ont été revus, évalués et remis en état. De ce point de vue il ne sera pas mauvais de mettre cette opération, en tout point exceptionnelle, en rapport avec l’autre grande restauration, celle conduite de 1843 à 1869 par les architectes Jean-Baptiste Lassus et Eugène Viollet-le-Duc. Rappelons au public japonais que, depuis la Révolution de 1789 les édifices religieux sont devenus publics et que, aussi bien au XIXe siècle qu’aujourd’hui, la responsabilité de la cathédrale revient à l’État, qui doit en assurer l’entretien et la conservation. Ce qu’il fallut plus de vingt-cinq ans pour réaliser au XIXe siècle, au rythme des budgets que la France put alors y consacrer, s’est fait cette fois-ci en seulement cinq années, grâce à la solidarité du monde entier. Il est probable que la France n’oubliera pas ce soutien de sitôt.
L’incendie a démarré au pied de la flèche —flèche érigée par Viollet-le-Duc seul en 1859, après la mort inattendue de Lassus en 1857— pour une raison inconnue et dans le contexte des travaux entamés pour la restauration de celle-ci. Un immense échafaudage avait été installé et, trois jours avant l’incendie, les seize statues de cuivre qui en décoraient la base avaient été déposées pour leur traitement en atelier. Une fois le feu déclaré, tout est allé très vite et les parisiens ont pu assister eux-mêmes, en quelques heures, sur les rives de la Seine et au milieu d’une immense émotion, à l’embrasement du comble et à la chute de la flèche. Il a fallu tout le professionnalisme des sapeurs-pompiers pour éviter la communication des flammes au beffroi des cloches, situé dans une des tours de façade, qui aurait conduit immanquablement à une destruction d’une partie de l’édifice et non seulement de sa charpente. Au petit matin, il ne restait plus rien de la toiture de Notre-Dame, tandis que seul s’élevait au-dessus de ses murs l’échafaudage installé pour la restauration de la flèche, immense carcasse de métal noircie et tordue par le feu, menaçant ruine. A l’intérieur, heureusement, les dégâts furent limités aux installations sur lesquelles s’effondra la voûte de la croisée du transept et quelques autres portions des voûtes. Vitraux, stalles du chœur, tableaux, statues du Vœu de Louis XIII, trésor, tout fut épargné, en partie grâce à l’évacuation immédiate qui fut organisée dans la nuit, alors même que l’incendie faisait rage.
La première phase d’intervention fut d’assurer la stabilité de l’édifice et de prévenir toute aggravation de son état. Privé de charpente et de couverture, l’équilibre des forces, caractéristique d’un édifice gothique, était substantiellement modifié et reposait désormais sur la résistance des voûtes hautes elles-mêmes. Si celles-ci, altérées par la chaleur, chargées des débris de la charpente calcinée et considérablement détrempées par l’eau déversée pour combattre les flammes, venaient à céder, alors les arcs-boutants conçus pour s’opposer aux poussées qu’elles généraient pouvaient alors pousser les murs vers l’intérieur et faire crouler l’ensemble comme un château de cartes. La nef et le transept de Notre-Dame furent donc interdits à toute présence humaine en raison de ce risque et le déblaiement des voûtes effondrées et des autres débris à l’intérieur fut réalisé à l’aide de robots téléguidés, couplés à un suivi photogrammétrique qui permettait l’identification des débris, en particulier des éléments de charpente ou fragments des voûtes qui furent tous considérés comme des pièces archéologiques et stockées dans des dépôts permettant leur étude. Dans le même temps, tous les vitraux des baies hautes du chœur et de la nef furent déposés, et les baies étrésillonnées. En urgence —mais cette opération dura jusqu’en mars 2020—, on inséra des cintres sous la totalité des arcs-boutants de la nef et du chœur, afin de les stabiliser. Avec moins d’urgence, la restauration de Viollet-le-Duc et Lassus avait, elle aussi, commencé en 1845 par la reconstruction systématique des arcs-boutants de Notre-Dame, gage de la stabilité structurelle de la cathédrale et cette opération, progressive, avait duré treize ans, jusqu’en 1858. Après l’incendie de 2019, la situation était d’autant plus urgente que plusieurs voûtes avaient chuté, dont celles de la croisée du transept et d’autres sections des voûtes des transepts et du chœur impactées par la chute de la flèche: en tout, cinq effondrements. Avant que la cathédrale puisse être considérée hors de danger, il était nécessaire de s’assurer de la stabilité des voûtes et, pour cela, de les dégager de tous les débris de la charpente incendiée, des gravats et du plomb de la couverture qui s’y étaient accumulés durant la catastrophe : opération à réaliser depuis des structures provisoires lancées entre les murs gouttereaux, sans prendre appui sur les voûtes. Dans le même temps une opération critique concernait l’enlèvement de l’énorme échafaudage de la flèche ayant subi l’incendie qui, lui aussi, devait être démonté de haut en bas, après avoir été ceinturé et consolidé. Toutes ces interventions furent réalisées à la main par des « cordistes », sans prendre appui sur les structures. Le confinement dû à l’éclosion de l’épidémie de Covid-19 interrompit l’opération, l’échafaudage étant finalement entièrement retiré à la fin de novembre 2020.



Dès le lendemain de l’incendie et à la suite des déclarations du Président de la République, la question de la philosophie de l’opération de restauration était l’objet d’un débat public. Il avait semblé, au départ, que l’intention affichée par le pouvoir politique était, éventuellement, d’ouvrir la voie à un ouvrage architectural contemporain, peut-être choisi après concours. Les professionnels du patrimoine s’élevèrent rapidement contre une telle perspective (on avait vu fleurir dans les media un assez grand nombre de propositions « contemporaines », certaines véritablement extravagantes) et un grand nombre d’entre eux (environ 1600) signèrent une lettre au Président pour recommander le respect des principes méthodologiques internationalement reconnus pour l’intervention sur la patrimoine. Dans le même temps, beaucoup d’architectes et d’historiens de l’art français mirent en avant le fait que la cathédrale Notre-Dame, telle qu’elle se trouvait à la veille de l’incendie, était le produit de la grande restauration de Lassus et Viollet-le-Duc, qui était intervenue de façon considérable dans sa substance et que cet état était celui qu’il convenait de considérer comme étant de référence, dont l’objectif de l’opération ne pouvait être autre chose que la conservation et la restauration. L’organe consultatif officiel à ce sujet était, en France, la Commission nationale de l’Architecture et du Patrimoine, placée auprès du Ministre de la Culture, composée d’élus et d’experts : elle rendit, le 9 juillet 2020, un avis unanime en faveur de la restauration de l’état antérieur, c’est-à-dire l’état issu de la restauration du XIXe siècle. A ce titre, la réédification à l’identique de la flèche de Viollet-le-Duc et des autres dispositions ayant disparu durant l’incendie devenaient l’objectif de la restauration. Selon l’organisation administrative française, la maîtrise d’œuvre des travaux était confiée à l’architecte en chef des Monuments historique titulaire de l’édifice, Philippe Villeneuve, qui choisit de se faire assister par deux de ses collègues, Rémi Fromont et Pascal Prunet. Ce sont eux qui, tous trois, ont mené ce chantier jusqu’à son terme, en 2024.
Dans le même temps, une tâche importante fut de mener à bien le nettoyage des surfaces murales de l’édifice de tout ce que l’incendie avait fait s’y déposer : en particulier, la poussière de plomb, provenant de la fusion des tables de la couverture, qui constituait une pollution potentiellement dangereuse. Ce nettoyage introduisit également des tests de nettoyage proprement dit des surfaces et en particulier des surfaces peintes dans certaines chapelles du chœur : en effet, la restauration de Viollet-le-Duc s’était achevée, dans les années 1860, par la création d’une décoration nouvelle très complète des chapelles, comportant une polychromie originale et de nombreuses scènes historiées. Malheureusement, ces peintures ont été ensuite détruites dans les chapelles de la nef et dans les transepts, dans les années 1960, à une époque où l’œuvre de Viollet-le-Duc n’était pas reconnue, comme d’ailleurs tout ce qui relevait de la création artistique du XIXe siècle. Ces tests de nettoyage, en particulier dans la chapelle Saint-Ferdinand, donnèrent des résultats spectaculaires, aussi bien en ce qui concerne la personnalité chromatique des décors qu’en ce qui concerne leur langage décoratif. La présence massive des poussières de l’incendie entraîna également le démontage complet du grand orgue, bien que ce dernier n’ait pas été atteint par les flammes. Tous ses éléments furent emportés en atelier pour nettoyage, dépollution et remise en état. La repose de l’instrument a eu lieu en 2024. Pour la restauration des voûtes, dont la solidité avait pu être vérifiée pour l’essentiel après dégagement des débris de l’incendie—leur structure étant apparue protégée sur l’extrados par une chape superficielle de plâtre, sans doute existante depuis l’origine, mais constatée et complétée par Viollet-le-Duc—, la cathédrale fut entièrement échafaudée à l’intérieur et des cintres placés sous les voûtes qui devaient être reprises.



Dès l’hiver 2020-2021, la recherche et l’approvisionnement des bois destinés à la reconstruction de la charpente et de la flèche avaient commencé. Signalons que l’ensemble du bois nécessaire, environ mille chênes adultes, a été offert par l’ensemble des forêts françaises, publiques (Office national des Forêts) comme privées et provient de nombreuses régions du pays. L’identification des bois permet à chaque donateur de connaître avec précision la situation des bois offerts dans l’édifice restauré. La Commission nationale de l’Architecture et du Patrimoine avait adopté, le 25 mars 2021, le principe de la reconstruction à l’identique des charpentes et de la flèche, en respectant les mises en œuvre présentes préalablement à l’incendie, mais en excluant la reproduction de modifications ultérieures ou de d’états résultant de réparations intermédiaires. Les charpentes ont été donc refaites à l’identique, selon les modèles du Moyen Âge pour la nef et le chœur et du XIXe siècle pour les transepts et la flèche. Lassus et Viollet-le-Duc n’avaient pas hésité, lors de leurs reconstructions à utiliser des assemblages avec boulons et pièces métalliques, inconnus aux XIIe ou XIIIe siècles. Pour la réédification de la flèche, l’équipe de Philippe Villeneuve a opéré d’une façon très comparable à Eugène Viollet-le-Duc, l’effondrement de la voûte de la croisée du transept durant l’incendie ayant provoqué l’ouverture dont son prédécesseur avait eu besoin et pour laquelle il avait dû, en 1858, démonter cette voûte, afin de permettre l’appui du tabouret (structure de base de la flèche) sur les piles de la croisée, derrière la naissance des voûtains. La structure de support de la flèche est longuement décrite par Viollet-le-Duc dans son dictionnaire et, en outre, la charpente de Notre-Dame avait été relevée, peu d’années avant la catastrophe, par Rémi Fromont, l’un des architectes. La grande différence entre les deux chantiers, celui de 1858-1859 et celui de 2023-2024, est évidemment celle des moyens logistiques et des outils de levage, qui sont sans comparaison. Pour permettre l’installation de l’échafaudage destiné à l’assemblage de la flèche, des fouilles archéologiques préalables du sol de la croisée furent réalisées, afin de sécuriser son appui au sol. Elles furent l’occasion de découvertes majeures, notamment de très nombreux fragments du jubé du XIIIe siècle, enterrés là après sa destruction à l’occasion du renouvellement du décor du chœur au début du XVIIIe siècle. On découvrit également la sépulture du chanoine Delaporte, commanditaire de ces aménagements, que Viollet-le-Duc avait, en partie, remis en cause en 1858.
L’approvisionnement en pierre, pour la restauration des parties hautes des murs destinées à recevoir la charpente, ainsi qu’à la reconstruction des voûtes effondrées, donna lieu à des recherches et des sélections de matériaux comparables à ceux utilisées lors de la construction et provenant tous de carrières du Bassin Parisien. C’est durant l’année 2023 que furent franchies les étapes décisives, aussi bien en ce qui concerne les voûtes à reconstruire que les restaurations extérieures, des pignons du transept — qui avaient dû être démontés à la fin de 2022—, de très nombreuses sculptures, gargouilles et autres images de saints, pour la plupart créées par Viollet-le-Duc lui-même ou par l’atelier de Geoffroy-Dechaume.





Le chantier s’est poursuivi à l’intérieur par la repose des vitraux restaurés, déposés en urgence en 2019 et par le nettoyage complet des parements intérieurs de l’édifice qu’il s’agisse des parements en pierre, débarrassés des salissures comme des poussières, puis harmonisés, ou des parements polychromés dans le chœur : la profusion décorative imaginée par Viollet-le-Duc s’est ainsi réimposée avec force, y compris dans de multiples détails passés inaperçus depuis longtemps. On peut dire que, au-delà de la réparation des énormes blessures subies par Notre-Dame avec l’incendie, la restauration menée tambour battant durant ces cinq années a été aussi l’occasion d’une restauration de son ambiance et de son décor intérieur, de sa lumière aussi, d’une façon exemplaire. Notre-Dame se présente aujourd’hui, pour le visiteur, d’une façon qu’elle n’a jamais connue auparavant.
Leur taille et assemblage progressant, les premières fermes de la charpente de la nef furent levées le 11 juillet 2023 et le montage à blanc de la flèche, réalisé en atelier, à la fin du même mois. La flèche est érigée in situ de septembre à novembre, et le nouveau coq posé à son sommet le 16 décembre 2023. La reconstitution du grand comble s’est achevée le 12 janvier 2024 pour le chœur et le 8 mars pour la nef. Les charpentiers ont honoré leurs traditions en posant des bouquets au sommet des ouvrages dès leur achèvement. La plupart des artisans sont aussi des Compagnons du Devoir, à l’instar d’Henri Georges qui avait signé de son nom la nouvelle flèche de 1859.

nota : L’auteur, ancien inspecteur général des Monuments historiques, n’a pas pris part à l’opération de restauration de Notre-Dame, qu’il a cependant suivie de l’extérieur avec beaucoup d’intérêt. L’essentiel des informations figurant dans cet article est tiré des articles de Caroline Piel et de Marie-Anne Sire qu’a publiés régulièrement, de 2019 à 2024 la revue Monumental, revue scientifique et technique des Monuments historiques, dont il est l’un des rédacteurs.